Art · Expressionnisme · 1893
La réponseEdvard Munch, peintre norvégien né en 1863 et mort en 1944, a peint Le Cri. La première version date de 1893, réalisée à la tempera et au pastel sur carton. L'œuvre fixe l'angoisse de l'homme moderne et reste l'une des images les plus reconnaissables de toute l'histoire de l'art.
La confusion la plus tenace concerne le personnage. Il ne crie pas. Le journal de Munch, daté du 22 janvier 1892, décrit un cri venu de la nature elle-même. La figure se bouche les oreilles pour y échapper. Cette inversion, ignorée de la plupart des reproductions, change la lecture entière du tableau.
Deuxième point mal connu : il n'existe pas un Cri mais cinq. Trois œuvres peintes ou au pastel, une esquisse et une lithographie, échelonnées de 1893 à 1917. Le pastel de 1895 détient encore un record d'enchères, adjugé 119 922 500 dollars en mai 2012.
Ce fait et des centaines d'autres à retenir durablement sur l'app Mémoriser la culture générale.
Edvard Munch, l'auteur du Cri en quelques repères
Fiche d'identité
Edvard Munch
Peintre et graveur norvégien
Une enfance de deuils
La mort traverse la vie de Munch avant de traverser son œuvre. Sa mère puis sa sœur aînée Sophie succombent à la tuberculose. Une autre sœur passe des décennies internée pour troubles psychiques. Cette accumulation façonne une palette obsessionnelle où Le Cri devient le point culminant.
Une enfance saturée de deuils
La mort traverse la vie de Munch avant de traverser son œuvre. Sa mère meurt de la tuberculose quand il a 5 ans. Sa sœur aînée Sophie succombe à la même maladie alors qu'il en a 13. Une autre sœur, Laura Catherine, souffre de troubles psychiques sévères et passe des décennies internée. Son frère Andreas meurt d'une pneumonie quelques mois après son mariage.
Cette accumulation façonne une palette obsessionnelle : maladie, mort, angoisse. Le Cri n'est pas un accident isolé dans sa production. Il en est le point culminant, la formule la plus condensée d'une inquiétude qui irrigue tout le reste.
Le précurseur d'un mouvement
Munch précède l'expressionnisme allemand qui se structure dans les années 1900. Là où l'impressionnisme français captait la lumière et l'instant, Munch peint l'émotion intérieure : couleurs saturées, lignes ondulantes, visages déformés. Aux côtés de Vincent van Gogh, il ouvre la voie à une peinture qui privilégie le ressenti sur le réel observé.
Le Cri, genèse d'une vision de 1892
De la vision au tableau
Dix ans séparent le souvenir fondateur de la première toile. Munch a longtemps porté cette scène avant de la fixer.
Munch achève la première version peinte du Cri en 1893, à Kristiania, ancien nom d'Oslo. Il a 30 ans. Le tableau appartient à La Frise de la vie, un cycle inachevé d'une vingtaine d'œuvres consacré à l'amour, l'angoisse et la mort. La scène se déroule sur le sentier d'Ekebergveien, qui domine le fjord d'Oslo.
Le souvenir fondateur
L'origine du tableau tient dans une note du journal de Munch, datée du 22 janvier 1892. Il y raconte une promenade au crépuscule avec deux amis, un ciel devenu rouge sang, une fatigue soudaine, et la sensation d'un cri infini traversant la nature. Ce n'est pas une scène inventée pour l'occasion. Munch a porté ce souvenir plusieurs années avant de le fixer sur le carton.
«Je me promenais sur un sentier avec deux amis, le soleil se couchait, tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture. Je sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et qui déchirait la nature.
Edvard Munch, journal du 22 janvier 1892
Le décor réel
Le sentier d'Ekebergveien surplombe le fjord d'Oslo. C'est là que Munch situe la scène. Les deux amis mentionnés dans le journal s'éloignent au fond, indifférents, tandis que la figure du premier plan se fige face au ciel embrasé.
Un personnage qui n'est pas celui qui crie
La figure centrale est androgyne, le visage réduit à un masque proche d'un crâne. Contrairement à l'idée reçue, elle ne pousse pas le cri. Elle plaque ses paumes sur ses oreilles pour se protéger d'un son venu de l'extérieur, ce cri de la nature décrit dans le journal. Le titre allemand initial, Der Schrei der Natur, soit Le Cri de la nature, le disait explicitement. La bouche grande ouverte traduit la terreur d'entendre, pas l'acte de crier.
Combien de versions du Cri existe-t-il ?
| Datation | Technique | Conservation |
|---|---|---|
| 1893 La plus célèbre | Tempera et pastel sur carton 91 × 73,5 cm | Musée national de Norvège, Oslo |
| 1893 | Pastel sur carton | Musée Munch, Oslo |
| 1895 Record 2012 | Pastel sur carton, la plus colorée | Collection privée |
| 1895 | Lithographie, plusieurs épreuves | Diffusée depuis Berlin |
| 1910 | Tempera sur carton | Musée Munch, Oslo |
Le consensus des institutions retient cinq versions, réalisées entre 1893 et 1917. La répartition classique compte deux œuvres en couleur sur carton, un pastel, une esquisse et une lithographie déclinée en plusieurs épreuves. Il n'y a donc pas d'original unique au sens populaire du terme, mais une première version peinte datée avec certitude.
Les œuvres et leurs lieux de conservation
La version de référence, la plus reproduite, est celle de 1893 : tempera et pastel sur carton, 91 sur 73,5 centimètres, conservée au Musée national de Norvège à Oslo, rouvert en 2022 dans un nouveau bâtiment. La même année 1893, Munch réalise un pastel sur carton et une esquisse. Une tempera datée d'environ 1910 rejoint le Musée Munch, déménagé en 2021 dans un édifice de treize étages au bord du fjord. Le pastel de 1895, le plus coloré, reste en collection privée depuis la vente de 2012.
La lithographie qui a diffusé l'icône
La lithographie noir et blanc, gravée à Berlin en 1895, joue un rôle décisif. Parce qu'une pierre lithographique permet de tirer plusieurs exemplaires, elle détache Le Cri d'un objet unique et le transforme en image reproductible à l'infini. Sans elle, l'œuvre n'aurait sans doute jamais saturé la culture visuelle mondiale comme elle l'a fait. Certaines épreuves circulent dans des collections d'art graphique à travers l'Europe.
Pourquoi le ciel du Cri est-il rouge sang ?
Deux lectures qui se complètent
Hypothèse scientifique
Les cendres du Krakatoa
Le volcan indonésien explose le 27 août 1883. Ses cendres colorent en rouge orangé les ciels du monde entier pendant des mois, jusqu'en Norvège. Donald Olson a retrouvé des témoignages d'Oslo de l'hiver 1883-1884.
Hypothèse psychologique
La projection d'une angoisse
Marqué par les deuils et la fragilité mentale familiale, Munch projette sur le paysage un état intérieur. Le rouge sang matérialise une émotion autant qu'un phénomène atmosphérique observé.
Les deux thèses ne s'excluent pas : un souvenir visuel réel servant de déclencheur à une émotion profondément personnelle.
L'hypothèse du Krakatoa
L'angle le plus inattendu vient de l'astrophysique. Donald Olson, professeur à l'université d'État du Texas, relie le ciel décrit par Munch aux suites de l'éruption du Krakatoa. Le 27 août 1883, ce volcan indonésien connaît l'une des explosions les plus violentes jamais documentées. Les cendres projetées à haute altitude colorent en rouge orangé les couchers de soleil du monde entier pendant plusieurs mois, jusqu'en Europe du Nord.
Le déclencheur atmosphérique
L'explosion du Krakatoa projette des cendres à haute altitude. Pendant des mois, les couchers de soleil virent au rouge sur toute la planète. Olson y voit l'origine directe du ciel embrasé mémorisé par Munch, dix ans avant la première toile.
Olson a retrouvé des témoignages norvégiens de l'hiver 1883-1884 décrivant ces ciels exceptionnels au-dessus d'Oslo. La scène mémorisée par Munch daterait de cet hiver, dix ans avant la première version peinte. L'écart temporel entre la vision et le tableau s'expliquerait ainsi.
La projection d'une angoisse intérieure
L'autre lecture ramène le rouge à Munch lui-même. Marqué par les deuils, la maladie mentale familiale et sa propre fragilité, il projette sur le paysage une angoisse qui lui appartient. Le ciel sang n'illustre pas seulement un phénomène atmosphérique : il matérialise un état psychique. Les deux hypothèses se complètent, un souvenir visuel réel servant de déclencheur à une émotion profondément personnelle.
Le vol spectaculaire de 1994
Galerie nationale d'Oslo, 12 février 1994
Le jour d'ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer, deux hommes s'introduisent dans la galerie et emportent la version de 1893 en moins d'une minute. Ils laissent une note narquoise remerciant le musée pour la faiblesse de sa sécurité.
Le tableau est retrouvé intact trois mois plus tard, au terme d'une opération montée avec Scotland Yard.
Une autre version sera de nouveau volée en 2004, puis récupérée.Le 12 février 1994, jour d'ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer, deux hommes entrent dans la Galerie nationale d'Oslo et emportent la version de 1893 en moins d'une minute. Ils laissent une note narquoise remerciant le musée pour la faiblesse de sa sécurité. Le tableau est retrouvé intact trois mois plus tard, au terme d'une opération montée avec l'aide de Scotland Yard. Une autre version sera de nouveau volée au Musée Munch en 2004, puis récupérée.
Le record d'enchères de 2012
Date
2 mai 2012Vente Impressionist & Modern
Vendeur
Petter OlsenFils d'un mécène de Munch
Record battu
Picasso, 106,5 M$Précédent sommet aux enchères
Le 2 mai 2012, chez Sotheby's à New York, le pastel de 1895 est mis en vente par l'homme d'affaires norvégien Petter Olsen, dont le père fut un ami et mécène de Munch. Les enchères démarrent autour de 40 millions de dollars et s'emballent.
Contextualisation du record. D'après l'Associated Press (dépêche du 2 mai 2012 sur la vente Sotheby's New York), le pastel de 1895 a été adjugé 119 922 500 dollars, frais compris. Il devenait alors l'œuvre d'art la plus chère jamais vendue aux enchères, dépassant le précédent record détenu par un Picasso de 106,5 millions.
Où voir l'œuvre
La version de 1893, la plus célèbre, est exposée au Musée national de Norvège, rouvert en 2022 dans un nouveau bâtiment au bord du fjord. Le pastel de 1895 vendu aux enchères, lui, reste invisible du public en collection privée.
L'acheteur, d'abord anonyme, a été identifié par la suite comme le financier américain Leon Black. Ce prix reste l'un des plus élevés jamais atteints pour Munch, même si des ventes privées ultérieures l'ont dépassé pour d'autres artistes.
Une image devenue omniprésente dans la culture pop
Le cas Scream, une confusion tenace
Beaucoup attribuent le masque du film Scream au tableau de Munch. La réalité est plus nuancée.
Idée reçue
Le masque Ghostface de Scream serait un détournement direct du Cri de Munch, repris tel quel par le film de 1996.
Réalité
Le masque a été créé en 1991 par Fun World, avant le film. Sa conception cite les dessins animés de Max Fleischer. Wes Craven l'a découvert par hasard.
Le Cri a quitté le champ strict de l'histoire de l'art. Le visage déformé, paumes sur les oreilles, est devenu un emoji standard de l'Unicode, présent sur des milliards de téléphones. L'affiche du film Maman, j'ai raté l'avion reprend la posture. La silhouette ondulante nourrit l'imaginaire de personnages animés. La série Squid Game y fait référence dès son épisode pilote.
Le cas Scream, une confusion tenace
Beaucoup attribuent directement le masque Ghostface de la saga Scream au tableau de Munch. La réalité est plus nuancée. Le masque a été conçu en 1991 par la société Fun World, spécialisée dans les costumes d'Halloween, avant même le film de 1996. Sa conception cite plutôt les dessins animés de Max Fleischer comme influence. Wes Craven et son équipe l'ont découvert par hasard et l'ont adopté pour Scream. La parenté visuelle avec Le Cri est frappante, mais la filiation n'est pas volontaire.
Ce qu'il faut retenir du peintre du Cri
En synthèse
Le Cri est l'œuvre d'Edvard Munch, précurseur de l'expressionnisme. Une vision de coucher de soleil rouge, portée dix ans, condensée en un chef-d'œuvre où le personnage ne crie pas mais se protège d'un cri venu de la nature.
Le Cri est l'œuvre d'Edvard Munch, peintre norvégien précurseur de l'expressionnisme. La première version peinte date de 1893, née d'une vision de coucher de soleil rouge sang que l'artiste a portée près de dix ans. Cinq versions existent, dont le pastel de 1895 vendu près de 120 millions de dollars. Le personnage ne crie pas : il se protège d'un cri venu de la nature. Cette œuvre condense, mieux qu'aucune autre, l'angoisse de l'homme moderne.
Astuce de mémorisation
Munch sonne comme le bruit d'une bouche qui mâche, munch munch en anglais. Or le personnage du Cri a justement la bouche grande ouverte, comme prête à tout avaler. Munch égale bouche ouverte égale Cri. Un peintre dont le nom imite un bruit de bouche a signé la bouche la plus célèbre de l'art moderne.
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Questions fréquentes sur Le Cri
Combien de versions du Cri existe-t-il ?
Combien a coûté Le Cri aux enchères ?
Pourquoi le ciel du Cri est-il rouge ?
Où voir Le Cri aujourd'hui ?
Le personnage du Cri est-il celui qui crie ?
À quel mouvement appartient Le Cri ?
Qui était Edvard Munch ?
Le masque de Scream vient-il du Cri ?
Quelles autres œuvres a peint Munch ?
Que représente La Frise de la vie ?
Fiches associées
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Sources
- Musée national de Norvège, fiche officielle de Skrik, version 1893
- Musée Munch d'Oslo, collection permanente
- Associated Press, vente record du Cri chez Sotheby's, 2 mai 2012
- Donald Olson, étude sur le ciel du Cri et le Krakatoa, AMS Journals
- Encyclopædia Britannica, notice The Scream
- Metropolitan Museum of Art, lithographie de 1895
Fiche rédigée par Alan Chevereau, consultant SEO, spécialisé dans les contenus de culture générale vérifiés et sourcés.